samedi 29 mars 2008

Une à une...montons!

"Je ne vous parlerai pas de moi, les photos que vous allez
découvrir, j'espère le feront pour moi..."

J'apprécie beaucoup les photos (parfois) minimalistes
de Bettina Louis.
C'est la poésie du quotidien que cette photographe s'attache
à retracer et je trouve qu'elle tient ce challenge avec
beaucoup de talent.

A découvrir :
"En matinée"




lundi 24 mars 2008

Bienvenue chez les ch'tis!

C'est un ch'ti, un p'tit gars du Nord bien sympa, un peu simplet
(rien qu'à voir sa tête...et encore vous ne l'avez pas encore
entendu parler!).
Un certain Dani Boom - un nom comme ça.
Il a réalisé un film - je ne sais trop comment???
Je vais lui faire un peu de pub, ça pourrait l'aider...

Voici donc
La bande annonce de "Bienvenue chez les ch'tis"

mercredi 19 mars 2008

Le rap de Marly-Gomont



"dédicacé à ceux qui viennent des p'tits patelins"

L'histoire de la musique retiendra qu'en 2006, Kamini a inventé
le rap rural :

"J'viens pas de la cité, mais le beat est bon
J'viens pas de Paname, mais de Marly Gomont
Y a pas d'bitume là-bas c'est que des pâtures..."La personnalité du chanteur, l'originalité de son propos,
l'humour du texte et...la réjouissante participation de la
population locale ont assuré à ce clip un triomphe
sur Internet et révélé son auteur.

Enfilez vos bottes et vos jeans et écoutez
le rap de Marly-Gomont!
 

mardi 11 mars 2008

Un bien triste début dans l'existence!

Pour en revenir aux "Mémoires d'un tricheur" de Sacha Guitry,
je m'excuse d'avoir laissé tomber les lecteurs de mon blog
d'une manière aussi lamentable pendant une semaine...
Mais il est toujours pénible d'évoquer des tragédies...

Voilà donc comment commence ce récit :
membre d'une famille (très) nombreuse, le narrateur vole huit
sous pour acheter des billes et, pour son odieux larcin,
est privé de champignons...lesquels se révèlent vénéneux!
La famille entière trépasse bientôt dans d'atroces souffrances...

Le pauvre orphelin survivant est totalement dépassé
par l'ampleur des évènements :

"On peut pleurer son père ou sa mère, ou son frère -
mais comment voulez-vous pleurer onze personnes!
On ne sait plus ou donner de la peine..."

Et voici comment Sacha Guitry conclue son premier
chapitre (insurpassable morceau d'humour noir,
vous l'aurez compris) :

"Le jour de l'enterrement, derrière ces onze cercueils que
je suivais, la tête basse et les yeux secs, je me demandais
si le fait d'avoir été miraculeusement épargné ne me
donnait pas l'air d'avoir assasiné tout ce monde -
cependant que dans mon dos, l'on chuchotait :
"Savez-vous pourquoi le petit n'est pas mort?...
Parce qu'il a volé!"
Oui, j'étais vivant parce que j'avais volé. De là à en
conclure que les autres étaient morts parce qu'ils étaient
honnêtes..."

A noter que Sacha Guitry a adapté lui-même son récit au cinéma
en 1936 - soit un an après la publication du livre - sous le titre
"Le roman d'un tricheur".

mercredi 5 mars 2008

"Mémoires d'un tricheur"


Depuis le temps que vous entendez parler des "bouquins
de Billy", il était normal que je vous en présente un.

Il s'agit d'une édition en livre de poche des "Mémoires
d'un tricheur" de Sacha Guitry (ouvrage sorti chez Gallimard
en 1935) imprimé en 1969.
Une édition rare, qui doit valoir énormément d'argent!

Très prochainement, je vous en proposerai un court
extrait...

mardi 4 mars 2008

Une héroïque résistance

Je vous invite à découvrir un court récit d'Alphonse Allais
(l'homme qui rêvait d'installer les villes à la campagne!)
intitulé : "Ferdinand".
Je l'ai découvert à l'instant en surfant (presque) au hasard sur
le Net...et je me considérerais comme le dernier des égoïstes si je
n'en faisais pas profiter les lecteurs de mon blog!

"Les bêtes ont-elles une âme? Pourquoi n'en auraient-elles pas?
J'ai rencontré, dans la vie, une quantité considérable d'hommes,
dont quelques femmes, bêtes comme des oies, et plusieurs
animaux pas beaucoup plus idiots que bien des électeurs.
Et même - je ne dis pas que le cas soit très fréquent -
j'ai personnellement connu un canard qui avaient du génie...".

Pour prendre connaissance de la suite, cliquez sur ce lien
(vous ne le regretterez pas) :
"Ferdinand"

samedi 1 mars 2008

Oiseau vers l'azur

Une très belle toile d'André Courty

Des nouvelles de Jacques Chirac

Naturellement, les lecteurs de mon blog, très au courant des
affaires du pays (et je les en félicite) savent que notre ancien
président de la république a effectué récemment une
réapparition - remarquée - au Salon de l'Agriculture.

Il faut bien reconnaître que ses performances en terme
de convivialité, dégustation de produits du terroir,
serrage des mains et...savoir-vivre
(cet art si difficile!) n'ont pas été égalées depuis...

Mais c'est sur un aspect moins connu des activités de notre ancien
président que je souhaiterais faire la lumière.
J'ai appris récemment que Jacques Chirac était un
véritable passionné de jeu d'échecs!

J'ai tenu naturellement à faire le point sur la question sur mon
blog de l'Echiquier Berrichon.
Je tiens à préciser que...comment dire? l'article en question
renvoit à une vidéo des guignols qui a plus à voir (vous vous
en doutez) avec la rigolade qu'avec le jeu d'échecs...

Jacques Chirac, champion d'échecs?

dimanche 24 février 2008

"L'accent grave"

Le professeur
Elève Hamlet!
L'élève Hamlet (sursautant)
...Hein... Quoi... Pardon... Qu'est-ce qui se passe...
Qu'est-ce qu'il y a... Qu'est-ce que c'est?...
Le Professeur
(mécontent)
Vous ne pouvez pas répondre "présent" comme tout le monde?
Pas possible, vous êtes encore dans les nuages.
L'élève Hamlet
Etre ou ne pas être dans les nuages!
Le professeur
Suffit. Pas tant de manières. Et conjuguez-moi le verbe être,
comme tout le monde, c'est tout ce que je vous demande.
L'élève Hamlet
To be...
Le professeur
En français, s'il vous plaît, comme tout le monde.
L'élève Hamlet
Bien, monsieur. (il conjugue :)
Je suis ou je ne suis pas
Tu es ou tu n'es pas
Il est ou il n'est pas
Nous sommes ou nous ne sommes pas...
Le professeur
(excessivement mécontent)
Mais c'est vous qui n'y êtes pas, mon pauvre ami!
L' élève Hamlet
C'est exact, monsieur le professeur,
Je suis "où" je ne suis pas
Et, dans le fond, hein, à la réflexion,
Etre "où" ne pas être
C'est peut-être aussi la question.

Extrait de "Paroles" de Jacques Prévert


jeudi 21 février 2008

Exposition Maurice de Vlaminck

Restaurant de la Machine à Bougival (1905)

Bien avant Richard Virenque...il fut coureur cycliste professionnel
(jusqu'à l'âge de 24 ans) - l'histoire ne dit pas si c'était
"à l'insu de son plein gré" ou pas? -
et bien avant Johnny il "mettait le feu"...
aux tableaux! (la preuve ci-dessus).

Il s'appelait Maurice de Vlaminck et son oeuvre fait l'objet
d'une exposition au Musée du Luxembourg du 20 février
au 20 juillet 2008 (donc, vous avez le temps...).

Signalons que :
1 - entre sa période "coureur cycliste" et son activité de peintre,
il donna des cours de violon.
2 - accessoirement, pour passer le temps, il était aussi lutteur
de foire.
3 - les spécialistes de la peinture considèrent que sa grande
période fut les années 1905 à... 1920 (soyons généreux)
et qu'après... ce n'était plus tout à fait ça!

Mais vous n'êtes pas obligé de partager leurs avis...

Euh...je ne sais pas grand-chose de plus sur lui.
Ah si au fait, il paraît qu'il a écrit également...
des trucs, des romans? des poèmes.
Bon, on essaiera de mettre la main dessus.

Un reportage vidéo pour terminer :
journal d'Antenne2 sur l'expo Vlaminck au Luxembourg

mercredi 20 février 2008

Nature morte


lundi 18 février 2008

Que restera-t-il de nous?


"CATHEDRALE COSMIQUE
Au plus haut du ciel son réseau insolite
a des accents pluriels ivres d'un autre site..."

Mon ami Jean-Pierre m'a prêté une brochure éditée par un peintre
de sa connaissance, André COURTY.

Cet artiste amateur, né en 1916, est décédé récemment.
Il nous a laissé des tableaux que je trouve tout à fait épatants.

Un site existe sur André COURTY, où l'on peut découvrir
ses oeuvres :
les toiles d'André COURTY

mercredi 13 février 2008

Adieu monsieur Henri...



...et merci pour tous les bons moments que vous nous avez
fait passer!
On avait l'impression que vous faisiez partie de la famille
et depuis si longtemps...
J'ai choisi ce clip "Une chanson douce pour réentendre votre
belle voix de crooner.

samedi 2 février 2008

"Cézanne peint"


Quittons, un instant, les brumes du Berry pour nous diriger
plein sud vers la Provence et la Montagne Sainte-Victoire...
qui fut si chère à Cézanne.

Michel Berger a signé en "Cézanne peint" une de ses plus belles
chansons.
France Gall l'a magnifiquement interprétée...
et Vincent Boiron a réalisé un clip vraiment magique en filmant,
en août 2004, les paysages qui avait tant inspiré le peintre.

"Cézanne peint
Il laisse s'accomplir la magie de ses mains
Cézanne peint
Et il éclaire le monde pour nos yeux qui n'voient rien..."

Ecoutez, regardez et admirez le clip "Cézanne peint" :


lundi 28 janvier 2008

Un puncher nommé Tsonga


Il a des faux airs de l'ancien champion de boxe Mohamed Ali...

mais c'est vers le tennis qu'il s'est dirigé et, s'il a "assommé"
ses adversaires lors des récents Internationaux d'Australie,
ce n'est pas par des uppercuts, des crochets au foie
ou des directs à la face...mais avec des aces, des coups droits
gagnants et des smashs bien appuyés!

La liste de ses victimes "mises KO" impressionne : Andrew
Murray, Richard Gasquet (que ne se sont-ils rencontrés en finale!),
Michaël Youzny et surtout Rafaël Nadal expédié au tapis
en trois sets expéditifs(6-2, 6-4, 6-2) par notre Cassius Clay...
enfin je veux dire notre Jo-Wilfried Tsonga national,
en état de grâce ce jour-là.


Dans la finale qui l'opposa à Novak Djokovic,
notre représentant démarra pied au plancher en empochant
le premier set, l'occasion pour nous de découvrir (et d'admirer)
ses services supersoniques et ses coups droits ravageurs.
Novak Djokovic sembla un instant ébranlé...
Malheureusement Tsonga devait caler par la suite
(peut-être tétanisé par l'importance de l'événement?).

Il faut dire qu'il avait en face de lui le numéro 3 mondial
que beaucoup voient s'installer plus ou moins prochainement
dans le fauteuil de "sa majesté" Federer...

Pas de regrets donc pour Jo-Wilfried qui, sur ce qu'il nous
a montré pendant cette quinzaine, devrait obtenir d'autres
occasions de remporter un tournoi du grand-chelem!

vendredi 18 janvier 2008

Disparition de Bobby Fischer

Bobby Fischer vient de s'éteindre à Reijawik (Islande) où il était
réfugié depuis le mois de mars 2005.
Rappelons - à ceux qui l'ignorerait que Bobby Fischer devient
Champion du Monde des échecs en 1972 en battant Boris Spassky.
Il mit fin ainsi à 25 ans de domination soviétique sur le monde
des échecs.

voir l'article "Adieu à Bobby Fischer" sur le blog de l'Echiquier
Berrichon.

lundi 7 janvier 2008

Le terrain de tennis de la Chaumerette

Ceci fut un cours de tennis - où j'eus l'occasion de jouer
(de manière assez folklorique, d'ailleurs) il y a une
vingtaine d'années.
J'ai retenu de cette expérience qu'au tennis, il faut avant tout
beaucoup courir!

C'était quand même un endroit bien sympathique et...champêtre!
pour poursuivre "la petite balle jaune".
Les grillages qui entouraient le cours ont été retirés
(ce qui a dû être fait relativement récemment).
Y aura-t-il des travaux de faits - ou rien du tout?
L'avenir le dira...

Sans transition, passons à un autre monde tennistique
pour évoquer l'actualité internationale du tennis.

Notons d'abord la très belle victoire de Michaël Llodra en finale
du tournoi d'Adelaïde (dimanche dernier) - la deuxième victoire
en grand prix de sa carrière.

Sans doute encouragés par cet exploit, nos "frenchies" ont effectué
un véritable tir groupé au premier tour du tournoi de Sydney :
qualifications de Richard Gasquet, de Fabrice Santoro ("fabulous
Fab" -35 ans!), de Gilles Simon et de Sébastien Grosjean.

Pour plus de détails, cliquez sur ce lien :
Eurosport

4 heures et demie...


...dans "la maison de Billy".

Félicitons d'abord Jean-Paul pour son récit : "Un singulier
lecteur". Pas évident pour quelqu'un qui n'est pas un professionnel
de l'écriture d'écrire une nouvelle et je trouve qu'il s'en est très
bien tiré!
Il faudrait que je lui en commande une autre...

Et souhaitons bonne fête à Raymond (7 ans)!
J'espère qu'il nous entendra à 150 kilomètres de distance mais
grâce aux miracles de l'électronique, tout est possible.

Un singulier lecteur (3)

Chapitre III : le secret de Gilbert

Il se passa quelques jours, quelques semaines peut-être pendant
lesquelles je ne le revis pas. Je m'en étonnais. Je fis un petit mot
à son attention, que je demandais à la bibliothécaire de lui
remettre, puisqu'elle avait plus de chances de le revoir avant moi.
Et le vendredi suivant il était là. La bibliothécaire me fit signe,
elle lui avait remis le mot. Je lui avais effectivement demandé
de me rapporter ce livre que je lui avais prêté. C'était "L'attrape-
coeurs" de Salinger dans l'excellente première traduction qui
en avait été faite. Gilbert avait été passionné quand j'avais tracé
à grands traits le récit de ce roman. Manifestement il n'avait pas
pris connaissance de mon mot. Et lorsque je lui demandai s'il
avait bien aimé le livre, je pris conscience de son désarroi.
C'était étonnant; une vraie détresse. Je l'entraînai à l'extérieur,
car je pressentai que ce trouble allait se muer dans un événement
qui nous dépasserait tous les deux. Arrivé sur le trottoir,
il éclata en sanglots. Je l'entraînais vers ma voiture, plus à cause
de mon incapacité à affronter une telle situation devant les
passants qui commençaient à s'arrêter, que par réelle compassion.
Il venait de me faire comprendre qu'il ne savait pas lire.
Mais surtout il avait voulu que je le sache.

Dans la première conversation que nous eûmes dans l'auto, avec
beaucoup de précautions j'essayais de le persuader que le fait
d'en avoir parlé lui avait fait parcourir la moitié du chemin
vers un accès rapide à la lecture.

Et c'est effectivement ce qui s'était passé. Une de mes amies
spécialistes de ce genre de situations avait, en quelques mois,
permis à Gilbert de maîtriser totalement cet univers qui lui
avait été à la fois si proche et si lointain.

Puis nos relations se sont espacées sinon distendues.
Je comprenais que, bien que je fus plus ou moins à l'origine
de sa réelle transformation, il tenait à prendre de la distance.
De mon côté je ne souhaitais pas qu'il me soit reconnaissant de
quoi que ce soit car je n'avais pas été spécialement perpicace
dans cette situation. Il m'avait raconté comment, grâce aux
émissions de télé et ses discussions avec les bibliothécaires
il favait pu tenir des discours crédibles sur des ouvrages
qu'il n'avait pas lus et surtout pas pu lire.

Son père, je l'avais soupçonné, était illettré. Et je m'en étais
rendu compte, Gillbert aimait beaucoup son père. Cet amour
filial l'avait empêché de "grandir", comme avait prétendu le
psychologue. D'autres explications encore plus compliquées
m'avaient été assénées. Gilbert ayant perdu son père quelques
temps avant de me rencontrer, avait reporté cette image du père
sur moi; mais comme moi je savais lire et que je n'étais pas
son père il avait pu "inconsciemment" se permettre d'avouer
sa vérité et "grandir".

Quelques années après j'ai su qu'il avait intégré une faculté
de lettres.

Depuis trois ans il avait rompu avec la tradition des souhaits
épistolaires de nouvel an. J'ai donc ouvert cette lettre à la fois
intrigué et heureux. Il me racontait son installation à Paris, sa
liaison depuis un an avec une jeune femme originaire du Berry.
Il ajoutait enfin : "Par ailleurs, je viens d'être nommé directeur
de collections dans une grande maison d'édition.". J'ai apprécié
ce "Par ailleurs". Gilbet avait réellement le talent modeste.

Revenu dans cette région, je fréquente encore cette
bibliothèque. J'observe parfois lectrices ou lecteurs, attentifs
ou distraits, l'air serein. Il m'a fallu du temps pour comprendre
que la bibliothèque nous enferme et nous délivre tour à tour mais
surtout nous aide à grandir... comme aurait dit le psychologue.

(nouvelle de Jean-Paul Barriol)

jeudi 3 janvier 2008

Un singulier lecteur (2)



Chapitre II : Gilbert

En dehors du mercredi, où grâce à mon nouveau statut je pouvais
jouer avec mes enfants toute la journée, je fréquentais cette
bibliothèque assidûment tout au long de la semaine. Au bout
de quelque temps, j'étais étonné de voir presque tous les jours
un jeune garçon qui normalement aurait dû être au collège ou
au lycée. Il se tenait dans une sorte de recoin au fond où l'on
pouvait consulter quotidiens et revues. Un après-midi je décidai
de l'aborder car ma curiosité l'emportait sur cette espèce
de retenue qui m'empêche souvent de parler spontanément à des
inconnus dans un lieu public. Il lisait ou plutôt feuilletait une
édition luxueuse illustrée qui réunissait plusieurs romans de
Graham Greene. Je connaissais cette édition pour l'avoir offert
à la jeune femme que j'aimais, au début des années soixante.
Comme entrée en matière c'était pas mal!
Après avoir échangé quelques mots,
je lui dis que parfois je me sentais comme ce prêtre, héros du
"Fonds du problème", lequel roman figurait j'en étais sûr dans
cette édition. Je me rendis compte immédiatement de ma bévue,
car je confondais bien évidemment avec "La puissance et la gloire".
Il ne releva pas cette bourde. En retour il me dit que lui parfois
se sentait roux à l'intérieur. Je rigolais et ajoutais qu'à nous deux
on pouvait prétendre à une réincarnation de Vivaldi, le prêtre
roux. Il se mit à fredonner un air qui ressemblait
aux "Quatre saisons".

Ce jour-là, il me quitta rapidement, ayant me dit-il des courses
urgentes à faire.

Je le revis la semaine d'après. Je ne lui posais aucune question sur
sa présence incongrue et notre discussion porta sur les prix
littéraires et sur certains lauréats. Il fit une analyse extrèmement
pertinente à mon sens sur le Goncourt de l'année. Il se trouvait
que je l'avais lu grâce à ma nouvelle grande disponibilité.
J'étais totalement séduit par la justesse de ses arguments, encore
que je ne les partageasse pas tous.
Il m'avait parlé de ce roman de Combescot
comme aurait pu en parler un critique du "Masque
et la plume"; ce qui me stupéfiait d'autant plus,
à cause de son jeune âge.
Durant cette période, il me parlait souvent de l'émission télé
"Apostrophes" qu'il semblait ne jamais vouloir manquer. Pour
ma part j'étais assez réservé sur le rôle positif de Bernard Pivot
qui faisait l'unanimité sur son émission. Il se trouve que j'ai bien
connu Bernard Pivot, jeune, à Lyon. Mais ma réserve ne trouvait
pas son origine dans cette relation. Je trouvais même assez
sympathique que l'émission littéraire la plus célèbre de France
contribue d'une certaine façon à encourager la lecture d'ouvrages
d'intérêt discutable certes, mais après tout le lecteur reste le seul
juge. Je conseillais à Gilbert, qui me tutoyait désormais, d'écouter
France Culture où là, il trouverait les bons auteurs.

Une autre caractéristique des lectures de Gilbert c'était son goût
pour les bandes dessinées. Dans ce domaine mon indigence était
complète car j'avais cessé de lire des bandes dessinées vers l'âge
de onze ans ce qui m'interdisait un quelconque point de vue.
Je m'interrogeais sur l'intérêt que je portais à ce Gilbert qui
connaissait tous les romans parus dans l'année écoulée, mais
semblait ignorer Céline ou Faulkner.
Il m'avait pourtant assuré que le bac en poche, il avait raté
l'inscription dans une école "d'assistantes sociales" et attendait
la rentrée prochaine pour aller dans une fac de droit.

J'avais remarqué que parfois il tripotait ses lunettes, les enlevant
puis les remettant un peu à la manière de son idole à la télé,
ce qui m'amusait beaucoup. Je lui avais demandé s'il en avait
réellement besoin pour lire, mais sa réponse fut suffisamment
confuse pour que je m'abstienne de tout autre commentaire.
Ce même jour, envahi par je ne sais quelle flemme, je le priais
d'aller chercher pour moi un ouvrage à l'autre bout de la
bibliothèque, et que je savais être en rayon.
Au bout d'un long moment il revint, me disant qu'il n'avait pas
trouvé l'ouvrage en question; je n'insistais pas. Je lui demandais
simplement s'il n'avait pas passé tout ce temps à flirter avec
la jeune bibliothécaire, ce qui le fit sourire. J'avais employé
je me souviens le terme "flirter" à dessein et non pas "draguer"
ou "faire du gringue", car malgré ou à cause de sa condition
sociale que je percevais assez modeste je savais que
l'interrogation l'avait certainement flatté, mais qu'une
expression un peu crue l'aurait embarassé.

A quelque temps de là je me souviens avoir été seul à la maison.
J'avais donc convié Gilbert à déjeuner au restaurant en ma
compagnie et après avoir hésité, il avait finalement accepté.
Pour ma part, j'ai horreur des restaurants. On y mange
mal, on attend, souvent dans le brouhaha des voisins
qui veulent à tout prix vous faire bénéficier de leur conversation.
Je me plongeais dans l'examen des menus, ce qui me procure
toujours l'anxiété d'avoir à choisir, la qualité, la quantité, le temps
qu'il va falloir attendre sans rien dans mon assiette.
Comme moi Gilbert examinait attentivement le menu.
Avant d'avoir exprimé mon choix il déclara qu'il prenait
"comme toi". Devant mon étonnement il me dit que c'était
pour synchroniser nos repas et qu'il avait oublié ses lunettes.
Je suis sûr qu'il employa le terme "synchroniser".

Ce jour-là j'appris qu'il vivait chez ses grands-parents,
ses parents étant morts quelques années auparavant
dans un accident de voiture.
Je lui parlais de mes soucis, de mes anciens employeurs,
de la difficulté à allier éthique, solidarité et efficacité
dans un travail salarié. J'appris que son père avait été
employé comme ouvrier de fabrication dans la même boîte
que je venais de quitter. Gilbert me raconta que son père
avait été mis à pied parce qu'il avait confondu deux sacs
de produits chimiques dont il n'avait pas su interpréter
la destination. Le contre maître furieux, lui avait dit
qu'il aurait pu faire sauter l'usine. Je reconnaissais bien là
les méthodes expéditives et irresponsables des soi-disant
responsables! D'une certaine façon, cette conversation
nous mettait presque sur un pied d'égalité.
L'incident dont son père avait été victime à l'usine avait
certainement son origine dans une mauvaise maîtrise
de la lecture et de la langue. J'encourageais vivement
Gilbert, bien que ça ne soit pas réellement nécessaire,
à fréquenter les bibliothèques.

(nouvelle de Jean-Paul Barriol)